Parle, toi aussi,
parle le dernier à parler
dis ton dire.
Parle_
Cependant ne sépare par du Oui le Non
Donne à ta parole aussi le sens :
lui donnant l'ombre.
Donne-lui assez d'ombre,
Donne-lui autant d'ombre
qu'autour de toi tu en sais répandue entre
Minuit Midi Minuit.
Regarde tout autour :
vois comme cela devient vivant à la ronde_
Dans la mort! Vivant!
Dit vrai, qui parle d'ombre.
Vois comme se rétrécit le lieu où tu te tiens :
Où veux-tu aller à présent, toi en défaut d'ombre, où aller ?
Monte en tâtonnant, monte.
Plus mince, plus méconnaissable, plus fin!
C'est ce que tu deviens, plus fin : un fil,
le long duquel elle veut descendre, l'étoile :
pour en bas nager, tout en bas,
là où elle se voit
scintiller : dans le mouvement de houle
des mots qui toujours vont.
PSAUME
Personne ne nous pétrit de nouveau dans la terre et l'argile,
personne ne pose une parole sur notre poussière.
Personne.
Loué soit-tu, Personne.
C'est pour toi que nous voulons
fleurir.
A ta
rencontre.
Un rien
voilà ce que nous fûmes, sommes et
resterons fleurissant :
la rose de Rien, la
rose de Personne.
Avec
la clarté d'âme du style
le désordre céleste du filet d'étamine,
la couronne rouge
du mot pourpre que nous chantions,
au-dessus, ô, au-dessus
de l'épine.