"La plus élémentaire méditation sur le processus historique dont nous sommes l'aboutissement révèle que le césarisme sera le mode selon lequel s'accomplira le sacrifice de nos libertés. Si les continents doivent être soudés, unifiés, y pourvoira la force, et non la persuation; comme l'Empire romain, l'empire à venir sera forgé par le glaive, et s'établira avec notre concours à tous, puisque nos terreurs mêmes le réclament...
Une lumière m'assaille plutôt, précise et intolérable, qui ne me fait point envisager la fin du monde, ce serait là divaguer, mais celle d'un style de civilisation et d'un mode d'être. Pour me borner à l'immédiat, et plus spécialement à l'Europe, il m'apparaît, avec une dernière netteté, que l'unité ne s'en formera pas , comme d'autres le pensent, par accord et délibération, mais par la violence, selon les lois qui régissent la constitutions des empires. Ces vieilles nations empêtrées dans leurs jalousies et leurs obsessions provinciales, pour qu'elles y renoncent et s'en émancipent, il faudra qu'une main de fer les y contraigne, car jamais elles n'y consentiront de leur propre gré. Une fois asservies, communiant dans l'humiliation et la défaite, elles pourront se vouer à une oeuvre supranationale, sous l'oeil ricanant et vigilant de leur nouveau maître. Leur servitude sera brillante, elles la soigneront avec empressement et délicatesse, non sans user les derniers restes de leur génie. Elles paieront cher l'éclat de leur esclavage..."
CIORAN A l'école des tyrans 1958
vendredi 31 août 2012
vendredi 3 août 2012
SAINT-JOHN-PERSE
"Quand vous aurez fini de me coiffer, j'aurai fini de vous haïr."
L'enfant veut qu'on le peigne sur le pas de la porte.
"Ne tirez pas ainsi sur mes cheveux. C'est déjà bien assez qu'il faille qu'on me touche. Quand vous m'aurez coiffé, je vous aurai haïe."
Cependant la sagesse du jour prend forme d'un bel arbre
et l'arbre balancé
qui perd une pincée d'oiseaux
aux lagunes du ciel écaille un vert si beau qu'il n'y a de plus vert que la punaise d'eau.
"Ne tirez pas si loin sur mes cheveux..."
A présent, laissez-moi, je vais seul.
Je sortirai, car j'ai affaire : un insecte m'attend pour traiter. je me fais joie
du gros oeil à facettes: anguleux, imprévu, comme le fruit du cyprès.
Ou bien j'ai une alliance aves les pierres veinées-bleu : et vous me laissez également,
assis, dans l'amitié de mes genoux.
ELOGES
A la question toujours posée:
"Pourquoi écrivez-vous?" La réponse du Poète sera toujours la plus brève "Pour mieux vivre."
SAINT-JOHN PERSE
L'enfant veut qu'on le peigne sur le pas de la porte.
"Ne tirez pas ainsi sur mes cheveux. C'est déjà bien assez qu'il faille qu'on me touche. Quand vous m'aurez coiffé, je vous aurai haïe."
Cependant la sagesse du jour prend forme d'un bel arbre
et l'arbre balancé
qui perd une pincée d'oiseaux
aux lagunes du ciel écaille un vert si beau qu'il n'y a de plus vert que la punaise d'eau.
"Ne tirez pas si loin sur mes cheveux..."
A présent, laissez-moi, je vais seul.
Je sortirai, car j'ai affaire : un insecte m'attend pour traiter. je me fais joie
du gros oeil à facettes: anguleux, imprévu, comme le fruit du cyprès.
Ou bien j'ai une alliance aves les pierres veinées-bleu : et vous me laissez également,
assis, dans l'amitié de mes genoux.
ELOGES
A la question toujours posée:
"Pourquoi écrivez-vous?" La réponse du Poète sera toujours la plus brève "Pour mieux vivre."
SAINT-JOHN PERSE
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