lundi 22 octobre 2012

centenaire de la naissance de Léon-Gontran DAMAS

Cayenne 1912, Washington 1978

"Limbé

Rendez-les-moi mes poupées noires
qu'elles dissipent
l'image des catins blêmes
marchands d'amour qui s'en vont viennent
sur le boulevard de mon ennui

Rendez-les-moi mes poupées noires
qu'elles dissipent
l'image sempiternelle
l'image hallucinante
des fantoches empilés fessus
dont le vent porte au nez
la misère miséricorde

Donnez-moi l'illusion que je n'aurai plus à contenter
le besoin étale
de miséricordes ronflant
sous l'inconscient dédain du monde

Rendez-les-moi mes poupées noires
que je joue avec elles
les jeux naïfs de mon instinct
resté à l'ombre de ses lois
recouvré mon courage
mon audace
redevenu moi-même
nouveau moi-même
de ce que Hier j'étais
hier
sans complexité
hier
quand est venue l'heure du déracinement

Le sauront-ils jamais cette rancune de mon coeur
A l'oeil de ma méfiance ouvert trop tard
Ils ont cambriolé l'espace qui était le mien
la coutume
les jours
la vie
la chanson
le rythme
l'effort
le sentier
l'eau
la case
la terre enfumée grise
la sagesse
les mots
les palabres
les vieux
la cadence
les mains
la mesure
les mains
les piétinements
le sol

Rendez-les-moi mes poupées noires
mes poupées noires
poupées noires
noires
noires"

mercredi 12 septembre 2012

CIORAN, WEIL

"Les pauvres à force de penser à l'argent, et d'y penser sans arrêt, en arrivent à perdre les avantages spirituels de la non-possession et à descendre aussi bas que les riches."
CIORAN

Voir aussi Simone WEIL dans Cahiers :
"Les anarchistes sincères, entrevoyant à travers un brouillard le principe de l'union des contraires, ont cru qu'en donnant la domination aux opprimés on détruit le mal."

"L'illusion de la Révolution consiste à croire que les victimes de la force étant innocentes des violences qui se produisent, si on leur met en main la force, elle la manieront justement. Mais, sauf ceux qui sont tout au moins assez proches de la sainteté, les victimes sont souillées par la force comme les bourreaux. Le mal qui est à la poignée du glaive est transmis à la pointe. Et ainsi les victimes, mises au faîte et enivrées par le changement, font autant de mal ou plus, puis bientôt retombent".
Néanmoins il y a une histoire de l'humanité : l'humanité avance à coup de révolutions y compris les révolutions de palais, et ce même s'il n'y a pas de progrès moral.

CIORAN

"Si la force est contagieuse, la faiblesse ne l'est pas moins : elle a ses attraits; on ne lui résiste pas aisément...
Rien que de plus doux que de se traîner en deçà des évènements; et rien de plus raisonnable.Mais sans une forte dose de démence, nulle initiative, nulle entreprise, nul geste. La raison : rouille de notre vitalité. C'est le fou en nous qui nous oblige à l'aventure; qu'il nous abandonne et nous sommes perdus : tout dépend de lui, même notre vie végétative; c'est lui qui nous invite à respirer, qui nous y contraint, et c'est encore lui qui contraint notre sang à se promener dans nos veines. Qu'il se retire, et nous voilà seuls! On ne peut être normal et vivant à la fois...
Un individu, comme un peuple, comme un continent, s'éteint, lorsqu'il répugne et aux desseins et aux actes inconsidérés, lorsqu'au lieu de se risquer et de se précipiter vers l'être, il s'y tapit, il s'y retranche : métaphysique de la regression, de l'en deçà, recul vers le primordial! Dans sa terrible pondération, l'Europe se refuse à elle-même, au souvenir de ses impertinences et de ses bravades, et jusqu'à cette passion de l'inévitable, dernier honneur de la défaite.."
in La Tentation d'exister

lundi 10 septembre 2012

CIORAN

"La timidité, source inépuisable de malheurs dans la vie pratique, est la cause directe, voire unique, de toute richesse intérieure."

"On n'habite pas un pays, on habite une langue. Une patrie, c'est cela et rien d'autre."

"Deux voies s'ouvrent à l'homme, et à la femme : la férocité ou l'indifférence. Tout nous indique qu'ils prendront la seconde voie, qu'il n'y aura entre eux ni explication ni rupture, mais qu'ils continueront à s'éloigner l'un de l'autre, que la pédérastie et l'onanisme, proposés par les écoles et les temples, gagneront les foules, qu'un tas de vices abolis seront remis en vigueur, et que les procédés scientifiques suppléeront au rendement du spasme et à la malédiction du couple." (in Syllogismes de l'amertume)

vendredi 31 août 2012

CIORAN

"La plus élémentaire méditation sur le processus historique dont nous sommes l'aboutissement révèle que le césarisme sera le mode selon lequel s'accomplira le sacrifice de nos libertés. Si les continents doivent être soudés, unifiés, y pourvoira la force, et non la persuation; comme l'Empire romain, l'empire à venir sera forgé par le glaive, et s'établira avec notre concours à tous, puisque nos terreurs mêmes le réclament...
Une lumière m'assaille plutôt, précise et intolérable, qui ne me fait point envisager la fin du monde, ce serait là divaguer, mais celle d'un style de civilisation et d'un mode d'être. Pour me borner à l'immédiat, et plus spécialement à l'Europe, il m'apparaît, avec une dernière netteté, que l'unité ne s'en formera pas , comme d'autres le pensent, par accord et délibération, mais par la violence, selon les lois qui régissent la constitutions des empires. Ces vieilles nations empêtrées dans leurs jalousies et leurs obsessions provinciales, pour qu'elles y renoncent et s'en émancipent,  il faudra qu'une main de fer les y contraigne, car jamais elles n'y consentiront de leur propre gré. Une fois asservies, communiant dans l'humiliation et la défaite, elles pourront se vouer à une oeuvre supranationale, sous l'oeil ricanant et vigilant de leur nouveau maître. Leur servitude sera brillante, elles la soigneront avec empressement et délicatesse, non sans user les derniers restes de leur génie. Elles paieront cher l'éclat de leur esclavage..."

CIORAN A l'école des tyrans 1958

vendredi 3 août 2012

SAINT-JOHN-PERSE

"Quand vous aurez fini de me coiffer, j'aurai fini de vous haïr."
L'enfant veut qu'on le peigne sur le pas de la porte.
"Ne tirez pas ainsi sur mes cheveux. C'est déjà bien assez qu'il faille qu'on me touche. Quand vous m'aurez coiffé, je vous aurai haïe."

Cependant la sagesse du jour prend forme d'un bel arbre
et l'arbre balancé
qui perd une pincée d'oiseaux
aux lagunes du ciel écaille un vert si beau qu'il n'y a de plus vert que la punaise d'eau.

"Ne tirez pas si loin sur mes cheveux..."

A présent, laissez-moi, je vais seul.
Je sortirai, car j'ai affaire : un insecte m'attend pour traiter. je me fais joie
du gros oeil à facettes: anguleux, imprévu, comme le fruit du cyprès.
Ou bien j'ai une alliance aves les pierres veinées-bleu : et vous me laissez également,
assis, dans l'amitié de mes genoux.

ELOGES



A la question toujours posée:
"Pourquoi écrivez-vous?" La réponse du Poète sera toujours la plus brève "Pour mieux vivre."


SAINT-JOHN PERSE

vendredi 8 juin 2012

LAO-TSEU

"Sortir, c'est vivre
Entrer c'est mourir..."

"Celui qui sait ne parle pas
Celui qui parle ne sait pas..."

"Les paroles vraies ne sont pas agréables
les paroles agréables ne sont pas vraies.."

"On régit un grand Etat
Comme on fait frire un petit poisson..."

"Le bonheur repose sur le malheur
Le malheur couve sous le bonheur
Qui en connaît le terme
le monde n'a pas de normes
car le normal peut se faire anormal
et le bien peut se transformer en monstruosité."

"J'ai trois trésors que je détiens
et auxquels je m'attache :
le premier est amour
le deuxième est économie
le troisième est humilité ...
Quiconque est courageux sans amour
généreux sans économie
et chef sans humilité, celui-là est voué à la mort.

Qui se bat par amour triomphe
qui se défend par amour tient ferme
le ciel le secourt et le protège avec amour".
etc...

mercredi 16 mai 2012

ALEP

J'ai en la chance de visiter Alep en 2008.
Alep est une des plus anciennes villes du monde. Elle a été construite à l'époque hittite ou assyrienne.
Voici ce qu'en relate le voyageur arabe  Ibn JUBAYR (fin du 12° siècle) :

"Ville d'Alep.
Que Dieu très haut la garde!
C'est une ville dont le nom est considérable et son nom sera éternellement célèbre. Les rois ont été nombreux à vouloir la posséder et elle occupe une place de choix dans les coeurs. Combien de combats ont fait rage contre elle, combien d'épées ont-elles été dégainées pour l'attaquer ? Sa citadelle est réputée pour son inexpugnabilité, remarquable par sa hauteur et ne peut être comparée à aucune  autre. Son inviolabilité fait qu'on s'abstient de tenter une action contre elle; d'ailleurs ce serait sans espoir.
Alep est une ville importante située sur une hauteur de forme arrondie. Elle est flanquée de pierres de taille, ses proportions sont équilibrées et harmonieuses. Louange à Celui qui a parfait son plan et sa réalisation et a créé, comme Il l'a entendu, sa forme et sa rotondité ...
Ville surprenante qui dure, mais dont les maîtres ont passé; ils ont péri mais elle n'est pas près de disparaître...
Le mérite de cette citadelle c'est qu'elle fut, dit-on, dans les premiers temps de notre histoire, une colline où Abraham, l'Ami de Dieu, habitait avec quelques brebis. Il les trayait et donnait leur lait (halab) en aumône, c'est pourquoi elle a pris le nom de Halab (Alep)...."


LE PHARE d'ALEXANDRIE

Le Phare d' Alexandrie était encore visible au Moyen Age.
Voici ce qu'en dit à fin du 12° siècle le voyageur Ibn Jubayr dans sa "relation des péripéties qui surviennent pendant les voyages" :
"Parmi les merveilles de la ville que nous avons vues, citons le Phare que Dieu a édifié par l'intermédiaire de ceux qui furent assujettis à ce travail afin que cet édifice soit un signe pour les hommes qui cherchent à connaître la vérité et un point de répère pour les voyageurs, car sans lui ils ne pourraient se guider jusqu'à Alexandrie; en effet le phare est visible à plus de soixante-dix milles. Il a été joliment et solidement construit, tant en longueur qu'en largeur, et il est si haut qu'il rivalise avec le ciel. On est bien court pour le décrire, le regard ne peut l'embrasser en entier, on est impuissant à en parler et le contempler exige un grand champ de vision...A l'intérieur du Phare, le spectacle est extraordinaire : les escaliers et les couloirs sont si larges, le nombre de pièces si grand que celui qui y circule et parcourt ses galeries s'y perd parfois...".
Le voyageur Ibn Battûta a vu lui le Phare deux fois et dit dans son récit "Voyages et périples" qu'à sa seconde visite le Phare tombait en ruine :
"J'ai de nouveau visité le Phare lorsque je suis revenu au Maghreb en 756 (Avril 1326), j'ai constaté qu'il était en si mauvais état qu'il était impossible d'accéder à la porte et d'entrer."

jeudi 15 mars 2012

NOVALIS

"Toutes choses arrivent en nous bien avant qu'elles aient lieu."

"Nous sommes plus étroitement liés à l'invisible qu'au visible."

"L'erreur, vue de plus haut, a un côté bien plus pernicieux que ce qu'on aperçoit d'habitude : elle est le fondement d'un univers faux, le premier maillon d'une chaîne inextricable d'errements et d'emmêlements. L'erreur ou mensonge est la source de tout mal."

Novalis