mercredi 12 septembre 2012

CIORAN

"Si la force est contagieuse, la faiblesse ne l'est pas moins : elle a ses attraits; on ne lui résiste pas aisément...
Rien que de plus doux que de se traîner en deçà des évènements; et rien de plus raisonnable.Mais sans une forte dose de démence, nulle initiative, nulle entreprise, nul geste. La raison : rouille de notre vitalité. C'est le fou en nous qui nous oblige à l'aventure; qu'il nous abandonne et nous sommes perdus : tout dépend de lui, même notre vie végétative; c'est lui qui nous invite à respirer, qui nous y contraint, et c'est encore lui qui contraint notre sang à se promener dans nos veines. Qu'il se retire, et nous voilà seuls! On ne peut être normal et vivant à la fois...
Un individu, comme un peuple, comme un continent, s'éteint, lorsqu'il répugne et aux desseins et aux actes inconsidérés, lorsqu'au lieu de se risquer et de se précipiter vers l'être, il s'y tapit, il s'y retranche : métaphysique de la regression, de l'en deçà, recul vers le primordial! Dans sa terrible pondération, l'Europe se refuse à elle-même, au souvenir de ses impertinences et de ses bravades, et jusqu'à cette passion de l'inévitable, dernier honneur de la défaite.."
in La Tentation d'exister

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